Xavier Lemoine : «Montfermeil a bénéficié du projet de rénovation urbaine le plus coûteux de France»

Xavier Lemoine
Le 13/01/2016

Entretien avec Xavier Lemoine. Pour le maire PCD de Montfermeil (Seine-Saint-Denis), la réhabilitation urbaine doit aller de pair avec le respect de critères esthétiques, car le Beau permet de vivre mieux ensemble.

Xavier Lemoine, 55 ans, est depuis 2002 le maire de Montfermeil (Seine-Saint-Denis, 27 000 habitants). Il est le vice-président du Parti chrétien-démocrate.

enquêtes du contribuable politique de la villeEntretien extrait des Enquêtes du contribuable #14 «Politique de la ville: les racines du mal». En kiosque. Numéro disponible sur notre boutique en ligne.

➜ Que pensez-vous des mesures contraignantes destinées à accroître la part du logement social dans certaines communes ?

Plus de social n’est pas forcément un problème en soi. Ce qui est problématique, ce ne sont pas les logements, mais leur politique d’attribution.

Si les mairies garantissent une partie des capitaux engagés dans un projet immobilier, elles peuvent avoir un petit quota d’attribution de logements neufs. Mais l’essentiel est distribué par les bailleurs, au titre du 1% patronal, ou encore par le préfet qui impose une politique de peuplement, parfois sans tenir compte de l’avis des élus.

En ce qui concerne l’habitat proprement dit, le social ne pose pas de problème, car sa qualité de construction est durable, souvent supérieure à celle de la promotion privée.

➜ Quel type de politique urbaine avez-vous engagé à Montfermeil depuis votre élection en 2002 ?

Il faut d’abord se référer à un cadre qui est fourni par le plan local d’urbanisme. Ce document est commun à tous les acteurs impliqués dans la construction. À Montfermeil, la ville est divisée en quatre avec deux zones pavillonnaires, un centre commercial ancien et une cité. À terme, lorsque nous serons desservis par le RER et que le Grand Paris sera devenu une réalité, il sera possible de densifier légèrement l’habitat autour de la gare et du centre-ville.

Tous les projets se feront dans le respect d’une norme architecturale qu’il s’agisse de zones pavillonnaires ou d’habitat collectif. Je discute avec les architectes et m’assurerait personnellement que, de la couleur des crépis à la pose des briquettes décoratives, les constructions respectent des normes esthétiques et procurent un sentiment de qualité. Cette dimension esthétique a souvent été oubliée et c’est dommage : le Beau inspire le respect et permet de vivre mieux ensemble.

2000 : c’est le nombre de logements qui ont été démolis puis reconstruits dans le cadre du programme de rénovation urbaine de Montfermeil.

➜ Voici dix ans, Montfermeil et Clichy-sous-Bois ont connu trois semaines d’émeutes. Comment avez-vous assaini la situation ?

Montfermeil a bénéficié du projet de rénovation urbaine le plus coûteux de France. Il s’agissait d’abord de redonner de la fierté aux habitants de la commune. Près de 2000 logements achetés ont été démolis et reconstruits. Le coût total de cette opération est voisin de 700 millions d’euros. Tout cet argent n’a pas été dépensé en vain.

Aujourd’hui, la vie a totalement changé dans les secteurs concernés. Ils sont devenus des quartiers comme les autres avec une délinquance qui n’est pas plus forte qu’ailleurs. Globalement les conditions de vie se sont améliorées pour tout le monde. Même les parages des collèges, autour desquels les élèves étaient sur le qui-vive, sont aujourd’hui plus calmes.

➜ Quelles ont été vos priorités en matière de sécurité ?

Notre réhabilitation urbaine est allée de pair avec l’installation d’un commissariat de plein exercice, renforcé par une police municipale, et par la pose d’une cinquantaine de caméras de surveillance. C’est un investissement que je ne regrette pas. Je me suis aussi montré intransigeant sur la petite délinquance et les « troubles de jouissance » qui empoisonnent le quotidien.

Régulièrement, je réunis autour de moi, les bailleurs, le commissaire de police, le procureur, les services de l’État, de manière à faire un point sur la ville et trouver les moyens de régler les problèmes qui peuvent survenir.

Par ailleurs, nous avons accentué l’accompagnement linguistique des populations d’origine étrangère et tout fait pour remettre les parents en position d’autorité. Ces mesures ont été payantes. Dès que les gens se rendent compte que l’ordre prime sur l’anarchie, ils retrouvent confiance et le travail des forces de l’ordre est facilité.

« Chaque année, ce sont 250 000 personnes qui arrivent de l’étranger et qui vont s’entasser dans des villes comme Trappes, Clichy, Montfermeil… »

➜ Toutes les agences qui travaillent sur la politique de la ville sont-elles utiles ?

En ce qui me concerne, je n’ai eu qu’à me féliciter de l’efficacité de ces agences. Lorsqu’il a fallu démolir et reconstruire 2000 logements, l’ANRU (agence chargée de la rénovation urbaine, NDLR) nous a aidés à surmonter des problèmes juridiques en s’adaptant aux nécessités de terrain avec pragmatisme. Idem pour l’ACSÉ (cohésion sociale et égalité des chances, NDLR) qui n’a jamais posé de problème de financement quand il s’est agi de lancer des programmes sociaux. Enfin, le rôle de l’EPARECA (établissement public chargé des espaces commerciaux, NDLR) est déterminant pour garder des commerces de proximité dont l’équilibre financier est fragile. Cependant attention : les aides ne suffisent pas. Il faut ensuite assurer le service après-vente. Veiller à ce que les choses s’améliorent dans la durée. C’est notamment sur ce point que les électeurs doivent demander des comptes à leurs élus.

➜ Beaucoup d’observateurs estiment que les milliards par dizaines que la politique de la ville a engloutis en 40 ans n’ont pas servi à grand-chose…

« Engloutis » n’est pas le bon mot. Je pense que ce constat est biaisé. On pourrait parler d’échec si, depuis 40 ans, on s’occupait des mêmes personnes. Ce n’est pas le cas. Chaque année, ce sont 250 000 personnes qui arrivent de l’étranger et qui vont s’entasser dans des villes comme Trappes, Clichy, Montfermeil… Cela fait 40 ans que ces communes se sont spécialisées dans l’accueil de ces migrants, qu’elles les éduquent, qu’elles les épaulent…

S’il y a un échec, il résulte du fait que l’on a confondu les causes et les effets. On a pensé que les dysfonctionnements étaient de l’ordre des causes. En fait, ce sont les effets d’une différence de culture. Ce facteur, cet enjeu culturel a été mal appréhendé et nous en payons les conséquences aujourd’hui.

Propos recueillis par Didier Laurens

enquêtes du contribuable politique de la ville

«Politique de la ville : les racines du mal », Les Enquêtes du contribuable #14 décembre 2015/ janvier 2016. En kiosque. Vous pouvez commander en ligne ce numéro : 5,50 €€ (port compris).

 

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Publié par Rédaction le 13/01/2016

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