Ophélie Cohen, UNSA-Police : « Il nous arrive de travailler la peur au ventre »

Ophélie Cohen UNSA Police
Le 21/12/2015

Entretien avec Ophélie Cohen, déléguée nationale du syndicat UNSA-Police. Cette policière estime que la police doit être recentrée sur ses missions régaliennes, plutôt que de servir de collecteur d’impôts via la distribution de PV.

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➜ Certaines cités s’apparentent à des coupe-gorge pour les policiers. Comment travaille-t-on dans un tel climat ?

Tout dépend des individus et du contexte de l’intervention, mais il arrive que l’on travaille avec la peur au ventre quand nous sommes deux face à une vingtaine de jeunes. Lorsque l’on se trouve dans ces situations, il faut penser à sa propre sécurité tout en assurant sa mission. Cela complique la donne.

Le constat est toutefois différent entre Paris, la région parisienne, où dans certains quartiers, pas une journée ne se passe sans que des incidents n’éclatent, et la province, où les cités sont plus éloignées les unes des autres et où les phénomènes de bandes sont plus maîtrisables.

➜La délinquance a augmenté dans des quartiers pourtant subventionnés dans le cadre de la politique de la ville. Pourquoi ce paradoxe ?

Effectivement, beaucoup de subventions ont été injectées dans ces quartiers sans que la situation s’améliore. Le problème résulte en grande partie de l’économie souterraine, des trafics de drogue et d’armes, souvent couplés. Ils permettent aux petits voyous de gagner 3 à 4000 euros par mois, sans rien faire. Pourquoi s’arrêteraient-ils ? Lorsqu’on parle avec les bailleurs sociaux, ils indiquent qu’un peu moins de 20% des habitants paient leurs loyers en liquide…

Ces trafics ne concernent pas uniquement des jeunes, mais des gens de tous les âges. Chacun à son rôle. Afin de se livrer paisiblement à leurs trafics, ces bandes veulent interdire l’accès des cités aux forces de l’ordre et le pire est qu’elles y parviennent de plus en plus.

 Comment restaurer l’ordre dans ces cités ?

Il faut d’abord augmenter les effectifs des forces de l’ordre et frapper les délinquants au portefeuille. Cela implique d’avoir suffisamment de fonctionnaires pour intervenir sur le terrain, puis instruire les procédures, notamment celles relatives aux saisies d’avoirs criminels qui sont très longues à diligenter. De même, il faut pouvoir compter sur une réponse pénale ferme. Aujourd’hui, les délinquants que nous arrêtons se retrouvent souvent dans la nature après leur garde à vue. La justice ne prononce que rarement des sanctions et ils le savent. Alors, ils continuent.

Ça ne changera pas si les politiques n’affirment pas la volonté de reprendre fermement les choses en main et que la police n’est pas recentrée sur ses missions régaliennes, à savoir assurer la sécurité des personnes et des biens plutôt que d’assurer un grand nombre de servitudes et de servir de collecteur d’impôts via la distribution de PV.

 Propos recueillis par Didier Laurens

 Ophélie Cohen nous a accordé cet entretien avant les attentats du 13 novembre 2015.

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Publié par Rédaction le 21/12/2015
  • reiller

    Peut être , Madame , ne fallait-il pas refuser l’implantation de postes de police dans ces quartiers? Maintenant il faut reconquérir le terrain abandonné hier.