Bruno Riondel : «Le professeur ne fait pas le poids face à l’imam»

Bruno Riondel
Le 04/12/2015

Entretien avec Bruno Riondel. Docteur en Histoire et enseignant dans un lycée parisien et, auparavant, dans différents établissements d’Île-de-France, Bruno Riondel décrit dans son essai «Considérations inconvenantes» les conséquences de l’intrusion de l’islam au sein de l’école républicaine.  

Enquêtes du contribuable EcoleCet entretien est extrait des Enquêtes du contribuable #13, octobre/ novembre 2015. Numéro épuisé. Disponible sur notre boutique en ligne. Bruno Riondel nous a accordé cet entretien au courant de l’été. Nous le diffusons ici dans son intégralité.

Dans quel contexte avez-vous rédigé cet essai ?

Ce qui m’a conduit à écrire cet ouvrage, c’est une colère. Son origine est à trouver dans l’évolution du comportement de certains élèves dans les classes en 2011, lors des printemps arabes. On aurait pu penser que ces événements conduiraient ces jeunes à davantage s’intéresser à la démocratie, à la République, aux libertés. Or, c’est bien l’inverse qui s’est produit. Certains jeunes musulmans ont été galvanisés par la montée en puissance des partis politiques islamiques en Tunisie ou en Égypte, et cela correspond à une tendance générale en France. Il faut se souvenir que les Français d’origine tunisienne qui votèrent lors des élections suivant la chute de Ben Ali ont porté leur voix, pour 40% d’entre eux, sur Ennahdha ! Ce choix est inquiétant de la part de personnes qui vivent depuis plusieurs années au sein de la République française.

bruno riondel considérations inconvenantesCet intérêt pour l’influence de l’islam dans les collèges et lycées français est-il vôtre depuis toujours?

J’ai voulu croire, au début de ma carrière que l’esprit islamique pouvait s’intégrer, en se transformant, à notre système politique et éducatif. C’était la pensée de l’époque ! Mais les réalités actuelles infirment cet optimisme. Si la communauté musulmane était restreinte en nombre, le problème ne se poserait pas. Mais elle devient de plus en plus importante ! Du coup, certains musulmans ne cherchent plus à s’intégrer. Nombreux sont ceux qui réclament le port du voile et, pour les plus jeunes, qui revendiquent la culture de leurs parents. On ne peut pas se mentir face à cette situation.

Comment se comportaient ces élèves musulmans quand vous avez commencé à enseigner ?

Disons-le clairement : les jeunes étaient impeccables. Ils cherchaient à s’intégrer, comme c’est encore le cas aujourd’hui pour une majorité d’entre eux. De même pour leurs parents ! En réunion de parents d’élèves, ils nous soutenaient et n’hésitaient pas à nous dire « s’il le faut, engueulez mon fils ! ». La première génération avait connu la colonisation et était parfaitement assimilée.

Selon vous, à partir de quel moment la situation a commencé à basculer ?

La première fois que j’ai été choqué, c’était au milieu des années 1990. Pendant un cours, j’ai entendu des propos scandaleux sur la Shoah, du type « Hitler a pas fini le boulot ». Après le 11 septembre 2001, ce genre de phrases est devenu de plus en plus fréquentes ; on assiste presque à une banalisation de ce discours, dans certains endroits.

Peut-on assurer un cours d’Histoire dans de telles conditions ?

Il faut continuer à enseigner les choses comme on le fait. Ce peut être l’occasion de débats. Mais il faut être réaliste. On (les professeurs) a aujourd’hui des concurrents, notamment internet. Les jeunes croient plus facilement ce qui est écrit sur la toile que ce qu’on leur enseigne. Les théories complotistes, qui ont pullulé après le 11 septembre, ont accentué ce phénomène. Dans certaines mosquées, également, il y a un contre-enseignement. Des imams peuvent être très militants et pratiquer une relecture complète de l’Histoire. L’idée, dans le fond, c’est de maîtriser l’Histoire pour maîtriser la vérité. Et un professeur ne peut faire le poids face à l’imam, en termes de légitimité.

➜ Comment évoquer du coup ces thèmes, qui sont d’actualité, avec eux ?

Les élèves parlent facilement des thèmes liés au complotisme. En cours d’éducation civique, par exemple, le premier sujet dont ils veulent parler n’est plus la drogue, la presse ou la politique… Ce sont les Illuminatis ! Beaucoup imaginent qu’il y a un grand complot. Ils ressortent tout ce qu’ils ont lu sur internet. Mais ces sujets sont directement liés à l’islamisme ! Ils sont repris par certains intégristes. Je cite dans le livre le cheik Imran Hosein. Dans ses vidéos, il évoque clairement le complot américano-sioniste. Pourtant, cet homme est un érudit et auteur de plusieurs best-sellers !

➜ Avez-vous eu affaire à des jeunes qui faisaient ce geste de la « quenelle » inspiré de l’humouriste Dieudonné ?

A une époque, beaucoup de jeunes faisaient la fameuse « quenelle ». Dans un établissement, certains ont même été expulsés pour ce geste ! Pourtant, pour des faits autrement plus graves, ils ne subissent pas les mêmes sanctions. Du coup, on les conforte dans leurs obsessions complotistes.

Vous disiez que les parents, auparavant, vous soutenaient. Et aujourd’hui ?

Beaucoup de parents ne s’impliquent pas. Aujourd’hui, la tendance est même parfois de soutenir l’élève à l’excès. Ils victimisent souvent leurs enfants, là où trente ans auparavant, ils étaient beaucoup plus sévères. Quand aux fédérations de parents d’élèves, elles privilégient le développement personnel de l’élève, plus que le sens de la discipline. C’est leur philosophie.

Comment les manuels scolaires traitent-ils de l’islam ?

Il y a trente ans, on ne parlait pas de l’islam dans les manuels scolaires ou très peu. Et puis ces questions ne faisaient pas l’actualité ; l’islam n’apparaissait pas comme une menace. Aujourd’hui, le sujet est abordé, d’une façon très politiquement correcte, car « Il ne faut pas voir l’islam dans les faits mais dans la manière dont il est ressenti par ses pratiquants », selon les pédagogues de l’Éducation nationale ! Cela traduit bien une gêne, un aveu de faiblesse. Autre exemple de précaution abusive : les manuels citent souvent Al-Andalous [les territoires de la péninsule ibérique sous domination musulmane de 711 à 1492, NDLR] comme un modèle de tolérance, ce qui est historiquement faux ! Encore une fois, le but est généreux : ne pas accabler les élèves pratiquants.

« Il y a des choses qu’il ne faut pas voir. Quand un professeur est le seul à remarquer un problème, il peut se retrouver isolé. »

L’islam à l’école, est-ce un sujet qui revient souvent en salle des professeurs ?

Il y a des choses qu’il ne faut pas voir. Quand un professeur est le seul à remarquer un problème, il peut se retrouver isolé. Pour plusieurs raisons : ses collègues ne sont pas concernés par le problème dans leur matière, ou ils ne veulent pas voir. Dans ce cas-là, c’est par idéologie.

On dit souvent que le corps professoral penche nettement à gauche…

Les professeurs sont moins à gauche aujourd’hui. Le milieu professoral de gauche, à mon avis, est sur le déclin. Cela dit, l’islam est un sujet que personne ne veut aborder. Les gens l’évitent. Sauf une fois, où un de mes collègues, m’a dit ceci à propos d’un livre que je lisais sur le sujet : « Ah, tu regardes à quelle sauce on va être mangés ! » Nous n’en avons plus jamais reparlé. Suite aux événements de janvier, le Sénat avait diligenté une mission d’enquête dans les banlieues. Certains professeurs ont refusé d’y participer ! Par idéologie évidemment, car pour le corps enseignant il s’agissait là d’une tentative de stigmatisation des jeunes musulmans. Certains professeurs ont encore une vision qui est celle qu’on pouvait avoir dans les années 1970. Il n’y a aucune remise en question de leur part. Pourtant, il ne faut pas avoir peur d’être moins généreux et plus ferme aujourd’hui sur certaines problématiques sociétales. Après, il sera trop tard.

« Les élèves sont beaucoup plus désinhibés qu’autrefois et, aussi, moins travailleurs. »

Quel regard portez-vous sur l’évolution du comportement des élèves, en général, dans vos classes ?

Les élèves sont beaucoup plus désinhibés qu’autrefois et, aussi, moins travailleurs. Parfois, la salle de classe ressemble à une garderie. En seconde, sur une classe de trente, on se demande bien ce qu’on va faire de certains d’entre eux ! Le lycée est de plus en plus un endroit dont le système éducatif veut faire un lieu de sociabilisation et d’épanouissement, plus que de transmission. Ce sont de belles et généreuses idées que je peux partager. Le problème est que, dans les faits, cela ne suscite pas le sens de l’effort. L’idéologie scolaire actuelle est un peu naïve et peut développer des effets pervers.

➜ Vous parlez également dans votre livre du rôle des Américains qui miseraient sur les jeunes élites musulmanes.

Deux éléments sont à prendre en compte : les Américains semblent contribuer par leur action à une recomposition politique de l’espace euro-méditerranéen. La perspective d’un grand bloc euro-américain se concrétisera bientôt par un traité transatlantique. Dans ce but, briser le vieil esprit gaulois par la promotion d’élites issues de la diversité est envisagé par les États-Unis comme le montre le fameux rapport Rivkin [Charles Rivkin fut ambassadeur des États-Unis en France de 2009 à 2013, NDLR].  Les Young Leaders de la « French- American Foundation » sont formés pour créer une connexion entre élites nouvelles et traditionnelles. Attention, je ne crois pas au complot. Il s’agit simplement d’être lucide sur une géopolitique américaine, aussi pragmatique que naïve.

➜ Partagez-vous la vision de Houellebecq, telle que décrite dans son roman « Soumission » ?

Oui, il voit bien les choses. Effectivement, les gens sont trop bien installés dans un confort matériel et intellectuel. Ils se laissent porter par les événements et le futur n’est pas leur problème. Nous avons perdu le sens de l’Histoire. Les islamistes les feront plier par la peur, tout simplement. Les politiques sont responsables de cette situation. Il est stupéfiant de penser qu’en 40 ans on ait laissé s’installer une telle situation, potentiellement dramatique. L’actualité montre qu’on est au-devant d’événements beaucoup plus terribles que ceux qu’on a pu voir cette année. Pourtant, au regard de l’Histoire, on aurait pu s’en douter ! Alors, est-ce de la naïveté que de laisser croître l’islamisme ou une volonté assumée de mélanger, quel qu’en soit le prix, des cultures très différentes ? Sans doute un peu des deux.

 Pourquoi l’islam est-elle une religion si problématique ?

Le problème de l’islam est qu’il est un système total ou, plus précisément, une théocratie. Quand une communauté, porteuse de l’idéal islamique représente aujourd’hui entre 8 et 10 millions de personnes et pourrait atteindre 25 millions d’ici 2050, il faut s’en inquiéter. Cela va entraîner l’érection de nombreuses mosquées et la construction d’écoles coraniques puis, par la suite, des tentatives de peser sur le contenu des programmes scolaires. En face, le pouvoir cède facilement et rien ne montre que les choses vont changer. Mes propos ne visent pas à stigmatiser la communauté musulmane, porteuse d’une spiritualité respectable, mais à montrer la nécessité de réformer en profondeur une religion qui ne peut se séculariser sans renoncer à sa dimension théocratique.

➜  Que préconisez-vous pour sortir de cette situation ?

Il faut poser la question suivante : qu’est-ce que l’islam ? Evidemment, c’est sulfureux. Mais il est impératif de se demander si le système sociétal prôné par Mahomet correspond à nos idéaux et s’il n’entre pas en conflit avec nos conceptions occidentales. Un débat public sur cette question est aujourd’hui la seule condition pour sortir de l’ambiguïté…et écarter le risque d’une dramatique guerre civile, dans une génération.

Propos recueillis par Nicolas Julhiet

«Considérations inconvenantes sur l’école, l’islam et l’Histoire en France à l’heure de la mondialisation» de Bruno Riondel, Éditions de L’Artilleur. 432 pages – 22 €.

Enquêtes du contribuable Ecole «École : nos enfants en péril», Les Enquêtes du contribuable d’octobre/novembre 2015. 5,50 €. Disponible sur notre boutique en ligne.

 

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Publié par Rédaction le 04/12/2015