H16 : « Une vraie chance de médaille d’or ! »

H16 Les Enquêtes du contribuable
Le 29/07/2015

Même en ne faisant rien, le contribuable participe un peu à tout et devient, au moins sur le plan fiscal, un athlète de haut niveau inscrit à toutes les fédérations, à tous les sports avec ou sans élasthanne moulante aux couleurs fluo.

sport argent publicH16 en liberté. Chronique extraite du nouveau numéro des Enquêtes du contribuable «Sport et argent public : la France qui perd» (août/septembre 2015). En kiosque. Disponible également sur notre boutique en ligne

Par H16, blogueur – H16free.com

Une vraie chance de médaille d’or !

Il a rapidement été entendu qu’en l’échange de votre argent, l’État s’occuperait de votre sécurité par une armée solide et entraînée. Puis on est convenu aussi vite que la justice, la diplomatie, la monnaie, l’éducation, la culture et la santé pourraient bénéficier de ses bons offices. Les impôts ont augmenté en conséquence, et l’État s’est retrouvé propulsé premier intermédiaire dans toutes ces interactions sociales. Comme il est enfin apparu que pratiquer des activités physiques, c’était aussi une bonne façon de conserver la santé, pouf, il fut décidé que l’État s’occuperait aussi du sport.

Mais bon, force est de constater que faire en sorte que l’État s’occupe du sport, c’est un peu comme mettre Marc Dutroux à la tête d’une école maternelle : les effets indésirables seront nombreux. Ainsi, demander à l’État de s’occuper du sport à l’école, c’est s’exposer à une gangrène intellectuelle de l’activité physique, par exemple, via l’invasion de termes alambiqués et ridicules, comme ceux utilisés par le Conseil supérieur des programmes, et qui imposeront aux jeunes sportifs de « devoir traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête dans un milieu aquatique profond standardisé » (nager dans une piscine), de « rechercher le gain d’un duel médié par une balle ou un volant » (jouer au tennis), ou de « vaincre un adversaire en lui imposant une domination corporelle symbolique et codifiée » (faire de la lutte).

david miege sport argent publicAinsi, demander à l’État de s’occuper du sport dans la société, c’est s’assurer que le contribuable ne prendra plus jamais plaisir à exercer une activité physique. D’ailleurs, il n’a plus le choix : même en ne faisant rien, il participe un peu à tout et devient, au moins sur le plan fiscal, un athlète de haut niveau inscrit à toutes les fédérations, à tous les sports, toutes les passions avec ou sans élasthanne moulante aux couleurs fluo. En effet, toutes les occasions sont bonnes pour qu’enfin, l’argent de tous puisse irriguer les lubies de certains. Magie du sponsoring public, l’État est devenu partie prenante ou plutôt « donnante » de matchs sportifs, de compétitions locales, régionales, nationales ou internationales, au travers de collectivités territoriales toujours plus endettées.

Youpi ! Enfin le contribuable peut participer, si ce n’est en présence, non plus qu’en tant d’adhérent, mais au moins financièrement et volens nolens, aux concours boulistes, aux tournois de pelote, aux compétitions footballistiques qui arborent fièrement l’étendard de la ville, du département ou de la région où il paie ses impôts. Plus joyeux encore, le contribuable frétillera d’aise en apprenant que les fédérations qu’il soutient le plus de ses deniers (en proportion de leur budget) ne sont pas forcément les plus démocratiques ou les plus pratiquées puisqu’on retrouve en tête de liste le pentathlon moderne, la lutte, l’aviron, le ski nautique ou l’escrime. Mais baste, qu’à cela ne tienne, puisqu’en application étrange d’un principe olympique, l’important pour les collectivités n’est pas de gagner (en équilibre comptable), mais de participer (financièrement) !

Logiquement, les associations, voyant débouler cette manne quasi inépuisable dans leurs caisses, ont gonflé leurs demandes, grossi leurs dépenses et se sont habituées à flirter dangereusement avec des pratiques comptables douteuses. On ne compte plus les malversations, magouilles et autres coups de force dans certaines associations ou fédérations pour s’assurer un accès privilégié au robinet à subsides, depuis les boulistes méridionaux jusqu’aux fédérations de danse.

On retrouve bien sûr les mêmes mécanismes plus loin, plus haut et plus fort, au niveau des institutions internationales : quelques décennies ont suffi pour transformer les États en aspirateurs à finances indirectes pour le compte de la Fédération internationale de football association (FIFA) et du Comité international olympique (CIO), soit lorsqu’ils engagent les deniers publics pour aménager les infrastructures des manifestations que ces associations organisent, soit lorsqu’il s’agit de verrouiller à tout prix la tenue de ces manifestations avec des arguments sonnants et trébuchants.

Là encore, on ne doit pas écarter l’aspect bénéfique de cette implication du contribuable aux niveaux les plus élevés du sport mondial, puisque cela lui permet d’être réellement concerné par le curling (après tout, cette belle piste lisse et glacée, c’est lui qui l’a payée), le lancer de marteau (après tout, ce joli gazon verdoyant qu’on va trouer à coup de boulets, c’est lui qui l’a payé), ou ces myriades de disciplines qui, si elles n’avaient pas les solides béquilles de la subvention publique, auraient disparu depuis longtemps.

Face à ce constat, on ne peut arriver qu’à une seule conclusion : l’État, systématiquement placé entre les sportifs, les spectateurs, les adhérents et les organisateurs, est devenu l’intermédiaire incontournable de tous les sports, et mécaniquement, le seul sport planétaire qui peut se targuer de rassembler autant de monde, de toutes origines, de tous les sexes et de tous les âges ou à peu près, c’est ce sport magique de La Chasse à l’Argent Public. Il s’agit d’une discipline olympique vieille comme le monde, mais devenue récemment professionnelle, et qui consiste à trouver son bonheur et sa richesse dans la poche des autres en prétextant pratiquer l’une ou l’autre activité sportive qui, moyennant un peu de lobbying, pourra prétendre intéresser quelques électeurs, et donc quelques politiciens, et donc tous les contribuables.

On peut croire à une boutade, mais il n’en est rien. Cette discipline n’est pas à négliger : en l’espèce, elle est la seule qui assure à la France une médaille d’or, tant nos équipes de Chasse à l’Argent Public sont extraordinairement encadrées, coachées, surentraînées et superbement motivées. Et en cette période de crise, de doutes et d’interrogations devant un avenir incertain, quel meilleur message envoyer à nos compatriotes que celui d’une fiscalité vigoureuse, d’un lobbying pétulant et d’une dépense publique tonique ?

H16

H16 est un blogueur libéral. Ses multiples expériences hors de France l’ont ainsi convaincu que son pays s’éloigne tous les jours de cette liberté qu’il recherche tant. On pourra le retrouver sur h16free.com.


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Publié par Rédaction le 29/07/2015
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  • reiller

    Votre pseudo m’y invite, je demande donc à Spinoza de vous rappeler qu’il s’était déjà longuement ému, en termes bien alambiqués, et il y a fort longtemps, de voir le peuple préférer le joug de l’état à la liberté démocratique qu’il chérissait.
    Pour clarifier un sujet fort complexe, j’ajoute qu’à ma connaissance les seuls peuples qui ont su contenir les prétentions universelles de leur état sont ceux issus de la réunion de contrées autonomes( états ,cantons,..); et que tous les animaux grégaires se désignent un chef de troupeaux (de sexe féminin à ma connaissance). Ceci fournit une piste de réflexion sur la paresse intellectuelle collective: observer est facile, comprendre est plus difficile,… et puis être libre est fatigant!

  • La barbe

    Il y a longtemps que devraient être redéfinies les vraies fonctions régaliennes de l’Etat. Faute de quoi, l’interventionnisme se développe à outrance et beaucoup de citoyens finissent même par trouver naturel que l’Etat gère tout et le reste jusqu’au jour où ils constateront le lien entre cet interventionnisme et tous les maux qui handicapent notre pays