Stade de Lille. Éric Darques : «Martine Aubry est le prochain domino qui tombera»

Eric Darques
Le 24/07/2015

Entretien avec Éric Darques. Après avoir fait condamner Pierre Mauroy et Lyne Cohen-Solal pour «abus de confiance», l’ancien conseiller municipal RPF de Lambersart (Nord) et contribuable anti-corruption, a porté plainte pour faux, usage de faux et favoritisme dans le cadre de l’attribution du marché du grand stade de Lille-Villleneuve-d’Ascq.

sport argent publicCet entretien est extrait du numéro «Sport et argent public : la France qui perd»Les Enquêtes du contribuable n°12, août/ septembre 2015. En kiosque. Numéro disponible sur notre boutique en ligne.

Éric Darques, que vous inspire l’organisation de matchs de l’Euro 2016 de football au Stade Pierre-Mauroy de Lille ?

J’espère d’abord que ce sera une bonne opération économique pour la France et pour l’agglomération lilloise. Je pense ensuite que le coût du Stade Pierre-Mauroy est de 440 millions et qu’il aurait été possible d’avoir le même pour 108 millions de moins. Il coûte donc 108 millions de trop.

martine aubry stade lille

Certaines des plaintes que vous avez déposées visent-elles Martine Aubry ?

Martine Aubry est le prochain domino qui tombera. Elle devrait être entendue par les enquêteurs de la brigade financière de Lille d’ici à la fin de l’année, avant les régionales, si le dossier suit un cours « naturel ». Par ailleurs, en 2014, j’ai également déposé une seconde plainte pour favoritisme dans ce dossier, avec constitution de partie civile.

En 2010, vous avez déposé une plainte pour faux et usage de faux et atteinte à l’égalité des candidats dans un marché public. Pourquoi ?

La décision a été prise de faire construire un stade de 50 000 places en recourant à un partenariat public- privé. Un appel d’offres a été lancé et plusieurs groupes de BTP ont répondu comme Bouygues-Norpac et Eiffage. Les dossiers de ces deux entreprises ont notamment été examinés et un projet de délibération établi en janvier 2008 donnait l’avantage à Norpac, l’entreprise répondant au cahier des charges tout en étant moins chère qu’Eiffage de plus de 100 millions d’euros.

C’est de la bonne gestion…

Tout à fait. Sauf que, quelques semaines plus tard, est apparu un autre rapport. Il est daté du 1er février 2008, mais a été écrit plus tard. Il renverse les termes de la proposition en indiquant que c’est finalement le projet d’Eiffage qui l’emportait bien que son coût soit plus élevé à prestations identiques. Pourquoi s’être ravisé et avoir pris l’option la plus chère ? La redevance que Lille verse à Eiffage est aujourd’hui de 14,2 millions d’euros durant 31 ans alors qu’elle n’était que de 10,7 millions d’euros avec Bouygues. Ma conviction est que ce changement de décision a été motivé par des critères extérieurs à la bonne gestion et au simple bon sens, d’où la plainte pour favoritisme.

Pourquoi parlez-vous de faux et d’usage de faux ?

Parce que le second rapport (daté du 1er février) est un faux. Il a été écrit postérieurement à la réunion du conseil de la communauté urbaine pour justifier, à l’arraché, l’attribution à Eiffage plutôt qu’à Bouygues. Les notes des trois projets évaluant les entreprises candidates ont été modifiées sous la pression des élus.

Outre les notes, sur quoi portent les faux ?

Des demi-phrases ont été ajoutées dans les marges afin de justifier rétroactivement la décision des élus. Elles portent notamment sur la qualité architecturale du projet de Bouygues alors que ce critère était initialement jugé satisfaisant. Evidemment, le projet d’Eiffage est louangé.

Quand ce rapport bidon a-t-il été rédigé ?

Le fait de savoir s’il a été rédigé avant ou après le 18 avril [2008, NDLR] est important puisque cette date est celle du passage de témoin entre Pierre Mauroy et Martine Aubry à la tête de la communauté urbaine. Ma conviction est qu’il a été écrit après cette date.

La justice considère-t-elle qu’il s’agit d’un faux ?

Oui. Deux hauts fonctionnaires ont déjà été mis en examen pour faux en écriture en janvier 2015. Michèle Demessine, vice-présidente de la LMCU, devenue Métropole européenne de Lille, a été placée sous le statut de témoin assisté. Comme l’a récemment indiqué la chambre de l’instruction, il s’agit d’un faux en écriture publique dont le délai de prescription n’est pas de 3, mais de 10 ans. L’affaire, sera donc jugée devant les assises et non pas en correctionnelle.

Pourquoi estimez-vous que Martine Aubry a fait usage de faux ?

Parce qu’elle a envoyé un exemplaire du rapport bidon à l’un des membres de la communauté urbaine en sachant très bien qu’il s’agissait d’un faux, puisqu’elle assistait à la réunion, où a été prise la décision de fabriquer le faux rapport. Comme le rapporte Le Figaro, le chef de la brigade financière de Lille, a écrit que Martine Aubry pourrait se voir reprocher des faits d’usage de faux pour avoir notamment transmis, ou fait transmettre aux élus communautaires, copie de ce rapport d’analyse pipeauté. On a tenté d’empêcher la justice d’enquêter sur ce sujet. Maintenant, elle va le faire.

Selon-vous, pourquoi cette délibération a-t-elle été truquée ?

C’est à la justice qu’il appartiendra de le dire. Des rumeurs locales font état de 18 millions d’euros distribués à 21 élus locaux, mais il n’y a aucun élément d’information solide. Ce qui est certain, c’est qu’il y a bien eu un faux en écriture.

– Sous quel régime administratif le grand stade de Lille a–t-il été construit ?

Dans le cadre d’un partenariat public-privé, que j’appelle « partenariat public-perdant », mais il a été précisé au départ que la procédure de la communauté de communes s’assimilait à un marché public. Ces régles initiales ne peuvent pas être modifiées par la suite.

Propos recueillis par Didier Laurens

sport argent publicNouveau numéro ! «Sport et argent public : la France qui perd»Les Enquêtes du contribuable d’août/septembre 2015 – 5,50 €€. En kiosque  et sur abonnement. Vous pouvez commander en ligne ce numéro. 

Le magazine des contribuables

Assistanat, syndicats, fraudes sociales, hauts fonctionnaires, aides publiques aux entreprises… Tous les deux mois, Les Enquêtes du contribuable approfondissent dans des dossiers didactiques un thème majeur de l’actualité économique et sociale. Revue de référence en matière d’argent public, Les Enquêtes du contribuable vous permettent d’être réellement informé des dérives grandissantes et cachées que connaît notre pays. Ce magazine de conviction porte un regard différent sur l’actualité qu’il analyse du point de vue des contribuables. 5,50€. Abonnement : 6 numéros par an pour 33 €.

Articles de la même rubrique


Publié par Rédaction le 24/07/2015