Pascal Salin : «Les subventions sont la négation même du capitalisme»

pascal salin
Le 08/04/2015

Pour l'économiste Pascal Salin, professeur émérite à l’université de Paris IX Dauphine, la politique industrielle de l’État est une hérésie en soi.

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Vous souhaitez la suppression de toutes les subventions aux entreprises. Pourquoi ?

Les subventions sont liées à une politique industrielle qui est une hérésie en soi, la négation même du capitalisme. Celui-ci repose sur l’idée selon laquelle des propriétaires individuels font des choix stratégiques avec des gains ou des pertes pour résultat. Les subventions sont néfastes, car elles modifient la règle du jeu en substituant les gouvernants aux entrepreneurs. Or, les gouvernants ne prennent aucun risque et sont incapables d’identifier les bonnes stratégies. Ils sont irresponsables. Les subventions ont un autre effet néfaste.

Comme disait l’économiste Frédéric Bastiat, une loi n’engendre pas seulement un effet, mais une série d’effets. De ces effets, le premier seul est immédiat ; il se manifeste simultanément avec sa cause, on le voit. Les autres ne se déroulent que successivement, on ne les voit pas. Ainsi, si les subventions se voient, ce qui ne se voit pas ce sont les impôts nécessaires à leur financement. Ces prélèvements fiscaux asphyxient d’autres secteurs. Cela revient à prendre de l’argent à ceux qui créent de la valeur ajoutée pour le donner à ceux qui n’en créent pas, puisqu’ils ont besoin de subventions pour produire !

Pourquoi une politique industrielle est-elle impossible ?

Même à l’époque du fameux plan Monnet* l’économie, moins réglementée et fiscalisée qu’aujourd’hui, se développait fort bien toute seule grâce aux efforts individuels et le plan n’y était pour rien. La planification n’a jamais fonctionné. Qui peut dire si, sans le plan, cette croissance n’aurait pas été encore plus forte ?

Impossible hier, la politique industrielle l’est encore plus de nos jours, car l’activité économique – très complexe – se caractérise par des milliards d’informations émises, chaque année, par les acteurs économiques détenant des savoirs très variés, complexes et évolutifs. La prétention de l’État de centraliser ces milliards d’informations est une illusion et la planification – comme la politique industrielle – repose donc sur une grave et nuisible amputation du savoir.

Que vous inspire le CICE ?

Il s’agit d’une nouvelle usine à gaz. Son fonctionnement est si compliqué que beaucoup d’entreprises renoncent à l’activer. Sur le fond, le CICE est un mécanisme pernicieux. Pour faire simple, il revient à accorder un crédit d’impôt aux entreprises employant un nombre significatif de salariés peu qualifiés et donc peu rémunérés. C’est une politique de répartition sociale déguisée. Ce que l’on voit c’est que l’Etat cherche à régler les problèmes de chômage avec ces rabais d’impôts. Ce que l’on ne voit pas, c’est que dans une entreprise, les salariés vivent en complémentarité et que le CICE brime ceux qui créent le plus de valeur ajoutée. Cela aura des effets dévastateurs à long terme.

Que pensez-vous des syndicats patronaux qui réclament des baisses d’impôts, mais acceptent les subventions publiques ?

Je trouve cette attitude incohérente, mais elle ne me surprend pas. On a créé des bureaucraties syndicales qui, du MEDEF à la CGT, sont dirigées par des gens dont le principal souci est de rester en place le plus longtemps possible. Ils acceptent le jeu collectif que leur impose l’Etat, sous le prétexte du « dialogue social».

Propos recueillis par Didier Laurens

* Le plan Monet (article Wikipédia).

Le dernier ouvrage de Pascal Salin : Concurrence et liberté des échanges, Les Editions Libréchange, novembre 2014, 240 pages – 20 euros.


 

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Publié par Rédaction le 08/04/2015