H16 : « Subventionnez mon association ! »

H16 Les Enquêtes du contribuable
Le 03/12/2014

L’important dans cette opération de création d’association discrètement lucrative sans but est de conserver une saine distance avec tout ce qui pourrait conduire à une concurrence directe avec l’Etat et ses affidés, ses thuriféraires et ses prosélytes.

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 H16 en liberté. Chronique extraite des Enquêtes du contribuable de décembre 2014/janvier 2015, «Associations : comment elles vivent de l’argent public». En kiosque depuis le lundi 1er décembre et en vente en ligne (3,50 €€, port gratuit).

Par H16, blogueur – H16free.com

Subventionnez mon association !

J’y ai bien réfléchi et ma décision est prise : moi aussi, je monte mon association Loi 1901. Il est plus que temps pour moi de fédérer les bonnes volontés, de regrouper les motivés sous une même bannière, et puis aussi, ne l’oublions pas, de toucher un bon gros paquet d’argent gratuit venant des autres. Après tout, il n’y a pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui en profitent.

Et pour que cette opération réussisse à la hauteur de ce que d’autres ont montré possible, il faudra que cette association remplisse les critères habituels qui lui assureront publicité, complaisance des puissants et financements généreux.

Miège Enquêtes du contribuablePour commencer, le nom sera choisi avec soin. Il devra déclencher la sympathie sans être trop ostentatoire, ni trop spécifique (ce qui écarte les Associations d’Aide aux Acrobates Anonymes Accidentés Tétraplégiques, par exemple), et permettre ainsi, avec une couverture sémantique large, de multiplier les activités associatives impliquant directement, ou pas, le citoyen français.

Je propose donc de la nommer «Association du Poing Levé Pour Une Main Tendue», dont l’objet sera l’établissement d’un monde meilleur par une plus grande répartition de toutes les richesses, culturelles, politiques, intellectuelles, mais pas financières parce que cette association, farouchement anticapitaliste, évidemment prolétarienne et collectiviste, honnira publiquement et, comme il se doit, les questions d’argent, qui sont sales.

Afin de s’assurer à la fois une bonne visibilité médiatique, et, par voie de conséquence, de bons financements publics, cette association proposera dans son catalogue de services (pour les membres et ceux qui souhaitent le devenir) différents ateliers et autres activités associatives ludiques. Le premier atelier, en importance, sera celui de «Formation des Elus Politiques à la Gestion de Collectivités».

Grâce à des séances intensives sur une semaine de cours de management, de gestion publique au plus fin, et d’explications détaillées sur la façon dont il faut dépenser les sous du contribuable, l’Association assurera l’apprentissage des cadres de tous les partis, et les conscientisera aux besoins indispensables de formation et donc, de subventions des associations qui les dispensent. Ici, si vous entendez le bruit d’un tiroir-caisse qui s’ouvre, c’est normal.

Pour accompagner ces formations, l’association assurera l’édition annuelle d’un palmarès des élus en fonction de critères subtilement choisis. Ainsi, des classements d’élus les plus vigoureux, à la rhétorique la mieux huilée, les mieux habillés ou les plus en phase avec l’actualité seront proposés tous les ans à la même époque, et permettront de récompenser ceux de nos élus-adhérents qui, ayant participé à nos «formations», les auront correctement mises en pratique avec brio. Moyennant quelques entrées dans la presse, le succès est assuré, et la pompe (entre la « formation » et le palmarès) sera assurée. Encore une fois, le petit tintement des pièces qui dégringolent dans le tiroir-caisse n’est pas fortuit.

Il faut aussi compter avec l’indispensable élévation culturelle de tous les citoyens républicains et surtout festifs

Une association, ce n’est pas qu’une longue série de formations ardues, et il faut aussi compter avec l’indispensable élévation culturelle de tous les citoyens républicains et surtout festifs. C’est pourquoi l’association proposera des spectacles réguliers, des happenings et des découvertes culturelles permettant, par exemple, à tous les acteurs de la société civile de s’interroger sur la place des objets d’intromission personnelle dans les théories du genre (ou de leur influence sur les inégalités sexuelles) et de réfléchir sur la nécessaire prise de conscience de son corps dès le plus jeune âge.

Avec ces thèmes, et par le truchement de «performances» artistiques un tantinet provocantes (pour susciter le «débat», n’est-ce pas ?), on permettra ainsi de s’exprimer à toute une catégorie de population, honteusement stigmatisée par un vivrensemble malheureusement pas encore assez abouti. Nul doute, d’ailleurs, que ces catégories discriminées sauront se montrer reconnaissantes envers l’association, soit via les élus qui auront l’oreille attentive à leurs remarques, soit en adhérant directement. Quant au petit bruit métallique, dans le fond, provoqué par de nouvelles pièces dans notre tirelire associative, il s’ajoute simplement aux précédents tintements. Tout va bien.

L’important, finalement, dans cette opération de création d’association discrètement lucrative sans but, est de conserver une saine distance avec tout ce qui pourrait conduire à une concurrence directe avec l’Etat et ses affidés, ses thuriféraires et ses prosélytes.

En effet, combien d’associations loi 1901, croyant rester dans le cadre de la loi, qui en offrant des soirées bingo, qui en organisant des cercles de jeux légaux, se sont retrouvées pilonnées par des contrôles divers et variés parce que dans l’histoire, l’Etat n’y trouvait pas son compte ? Combien d’associations loi 1901, cherchant à réduire le train de vie de l’Etat, croyant faire œuvre utile en rappelant l’abrogation de certains monopoles, se sont retrouvées inutilement en difficulté alors qu’en allant dans le sens du courant, (celui qui amène naturellement l’argent des poches des contribuables vers celles des élus et de leurs associations discrètes), on ne s’en porte que mieux, et pour longtemps ?

Et, lorsque l’heure de la retraite a sonné, rien n’empêche de créer une nouvelle association, destinée cette fois à subvenir aux besoins des personnes retraitées à revenus modestes, dont on assurera la délicate survie par l’obtention, auprès d’édiles conscientisés au problème, d’une généreuse subvention de l’un ou l’autre conseil général ou régional, ou d’une dotation bienvenue de l’un des élus qui, un jour, aura lui aussi à se retirer de la vie active.

Vous voyez, créer une association qui équilibre rapidement ses budgets n’est finalement pas très compliqué. Bien sûr, il faut faire quelques concessions au bon goût, ne pas hésiter à ranger au placard, sur les étagères du haut, toute velléité de morale irréprochable, mais une fois ces prérequis correctement remplis, on peut s’assurer une vie fort décente sur ce principe.

H16 est un blogueur libéral. Ses multiples expériences hors de France l’ont ainsi convaincu que son pays s’éloigne tous les jours de cette liberté qu’il recherche tant. On pourra le retrouver sur h16free.com.

 enquêtes du contribuable associations«Associations : comment elles vivent de l’argent public»Les Enquêtes du contribuable n°8 décembre 2014/janvier 2015. 3,50 €€. En kiosque le lundi 1er décembre et sur abonnement. Vous pouvez d’ores et déjà commander en ligne ce numéro (port gratuit)

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Publié par Rédaction le 03/12/2014