Donald Morrison : «L’erreur est de considérer que la culture est un service public»

Donald Morrison
Le 27/08/2012

Journaliste américain, Donald Morrison a publié, en 2008, un essai fracassant intitulé «Que reste-t-il de la culture française ?».

Nombrilisme, perfusion financière, refus de voir les fonds privés soutenir la création, il confirme la marginalisation de la culture française et redoute que le grand retour des socialistes n’assombrisse encore le tableau…

dossier_8_culture_boutique-225x300Interview réalisée dans le cadre du numéro d’août 2012 des Dossiers du Contribuable «Les folies de la culture bobo».

Vous avez publié un essai désacralisant le rôle de la culture française voici quatre ans. Quel bilan dressez-vous aujourd’hui ?

En 2008, j’ai écrit que la culture française n’occupe plus le rôle majeur qu’elle a notamment joué durant le XIXe siècle et la première partie du XXe. Aujourd’hui, je ne constate pas de changement majeur même si le fait que votre culture doive gagner en audience planétaire est certainement mieux compris que par le passé.

Que pensez-vous de la nouvelle équipe qui vient d’entrer au ministère de la Culture ?

Il est trop tôt pour juger mais votre nouveau ministre de la Culture m’inquiète. Avant d’être nommée à la direction de la rue de Valois, Aurélie Filippetti s’est déclarée allergique aux partenariats entre le public et le privé en matière de culture. Elle a, par exemple, dit que voir le nom d’une société privée en façade lors d’une manifestation culturelle la chagrinait.

Quelle erreur ! L’Europe connaît une crise budgétaire sans précédent et pour sauver sa culture, elle doit au contraire multiplier les partenariats, encourager le mécénat, comme cela se fait partout ailleurs !

La culture française vous semble-t-elle trop subventionnée ?

Beaucoup trop ! Vous êtes les recordmen du monde. Aux États-Unis, les subventions publiques représentent une fraction minuscule des sommes allouées à la culture contre une majorité en France où l’on considère, toutes tendances politiques confondues, qu’elles doivent représenter environ 1% du PIB.

Le système français fait vivre 11 000 fonctionnaires et l’État nomme les directeurs de théâtres, d’orchestres, de certains médias audiovisuels, etc. Ce n’est pas son rôle !

L’erreur est de considérer que la culture est un service public. La France devrait faire pour la culture ce qu’elle a fait pour ses universités : lui donner plus d’autonomie, favoriser sa décentralisation.

Vous séjournez en Europe depuis longtemps. Quels sont les systèmes de financement de la culture qui vous semblent intéressants à suivre sur le Vieux Continent ?

Le système en vigueur au Royaume-Uni présente des avantages. Les Britanniques ont notamment mis au point un système de loterie performant qui leur permet d’injecter des dizaines de millions de livres dans la culture, sans que cela coûte un sou aux contribuables. Une partie des sommes non redistribuées aux parieurs est affectée à la filière culturelle.

Au final, les fonds d’origine privée et ceux fournis par l’État s’équilibrent à environ 50/50.

Le même système est utilisé par certains États américains, où l’on peut aussi acheter, très cher, des plaques d’immatriculation spécifiques dont le produit est réservé à la culture. Ailleurs en Europe, comme en Allemagne, en Italie, en Espagne ou en Suisse, la baisse des subsides publics est compensée par la recherche systématique de partenariats avec le privé. C’est la bonne solution.

A cette aune, la France et sa culture d’État sont le pire modèle possible.

Le déclin de la culture française vous semble-t-il réversible ?

La France cumule plusieurs handicaps : le français n’est plus une langue globale et Paris n’est plus une place de référence pour le marché de l’art.

Ce rôle lui a été ravi par Londres, New York et, de plus en plus, par des villes asiatiques comme Pékin, Shanghai, etc. De plus, la culture française est nombriliste. Elle abonde en œuvres, notamment pour le cinéma ou la littérature, qui n’intéressent personne en dehors de l’hexagone et très peu de monde à l’intérieur.

Pour gagner en reconnaissance globale, les artistes français doivent se frotter au reste du monde et non plus se calfeutrer chez eux, abrités par la ligne Maginot des subsides publics. Comme cela a, par exemple, été le cas après la Première Guerre mondiale ou après la Seconde, la France aurait avantage à accueillir des artistes étrangers pour accroître son rayonnement. Si elle ne le fait pas, elle perdra à tout jamais sa culture de première classe. ◗

Propos recueillis par Didier Laurens.

Donald Morrison vient de publier « Comment Obama a perdu l’Amérique » (Denoël).

les folies de la culture boboDossiers du Contribuable n°8 « Les folies de la culture bobo », 4,50 € frais de port inclus sur la boutique de Contribuables Associés à cette adresse www.contribuables.org.

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Publié par Rédaction le 27/08/2012
  • Pingback: Frédéric Mitterrand reconnaît que la culture est grassement subventionnée en France | Observatoire des gaspillages()

  • antoine

    Comme toujours, la vérité est au milieu. Subventionner tout est un problème mais il y en a un autre : dans certains domaines, notamment la musique, le succès est souvent inversement proportionnel à la qualité, notamment en France où la véritable culture musicale n’existe pas. D’autre part, quand le succès est grand comme notamment les grands opéras et que les salles sont pleines, l’exploitation est toujours déficitaire ou alors il faudrait un prix de place totalement prohibitif. Un choix sélectif s’impose mais comme il est difficile!

  • Jeremie

    J’ai rarement été aussi affligé par une interview ! Sincèrement, quel vulgaire ramassis de conneries ! La culture doit se privatiser, la France le pire des modèles… non mais je crois rêver, sincèrement. Peut-être faudrait-il lui conseiller un livre de Debord, n’importe lequel, mais je doute qu’il en comprenne un mot. Exemple le plus caractéristique de la stupidité de ce bonhomme : pour « évaluer » le rayonnement de la culture française, il nous assène un « Paris n’est plus une place de référence pour le MARCHE de l’art. » Mais que vient faire le MARCHE dans une critique de la qualité de nos arts, peut-on m’expliquer ? C’est cette « nullité organisée' » par la soumission de la culture au loi commercial qui rend toute culture dite « americaine » insipide. Je reprendrais pour conclure une phrase du peintre français Clovis Trouille : « J’ai pour principe qu’il faut gagner de l’argent pour pouvoir vivre et peindre, mais qu’un tableau peint en vue de la vente est foutu d’avance […] Impossible d’être indépendant si l’on veut vivre de son art, car le métier qui vous fait vivre étant fastidieux, l’art que l’on ferait ainsi par métier le serait de même »

  • Ecol Pol

    noé
    J’ai qq connaissance en culture mais je ne suis pas assez compétent pour avoir un avis tranché. La culture a la renaissance est plutot multipoles en France et en Italie Florence – Rome – Venise – Ferara et au moyen-age tapisseries Aubusson – Paris (Gobellin) – Arras – Bruxelle pareil et la peinture pareil sans oublier la Suede un cours instant avec Christine de Suede! Pour la musique cela me semble etre pareil avec certitude jusque dans les années 1970.
    Votre arbre ne me parle pas !!!
    Merci. Cdt.

  • noé

    eco ,  » culture produit régional  » pas forcément on fait aussi référence au temps par ex Musique de la renaissance ou du 12 em siècle
    culture qui s’uniformise s’appauvrit  » oui par ex la destruction ou la diminution par un etat parisien des cultures des provinces françaises remplacées et IMPOSEES par les médias dominants avec ciné et musiques américain puis afro en fin de siècle …
    On peut comparer la culture à un arbre pour l’affaiblir on peut couper quelques racines, on peut aussi planter à coté un autre arbre et avantager l’ un par rapport à l’autre subrepticement etc…

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  • Eco Pol

    Le Musee du Louvre est le 1er musée du monde en nombre de visiteurs , le centre Pompidou est 8ieme et le musée d’Orsay dans les 10 premiers.
    L’art n’est ni de droite ni de gauche.
    Si la Tour Eiffel qui n’est peut etre pas de l’art mais de la culture, elle vaut 400MdsE dixit des italiens de la chambre de commerce de Monza et Brianza.
    L’art en France et l’art au USA n’ont strictement rien a voir. L’un se decline sous toutes ses formes l’autre surtout sur des formes recentes avec que qq batiments.
    Il connait quoi en directeur de theatres. Les directeurs de theatre sont tres souvent des privés.
    J’ai l’impression que cette personne ne connait pas bien l’art. De la a négliger son opinion en tant qu’idee de depart se serait etre négligeant.
    Le rayonnement de la langue française baisse. Bientot google créera des musées virtuels. Les techniques évoluent.
    La culture mercantile à sa place mais un film n’est pas la Joconde. De plus une culture est un produit régional, propre à chaque pays. Une culture qui s’uniformise s’appauvrit.
    Ce monsieur veut nous faire manger de la panse de brebis à la sauce à la menthe. Une chose est sure la cuisine qu’il nous livre n’est pas tres digeste.
    Pour me parler d’art ce n’est pas a Monsieur Morrison que je ferrai appel. En tout cas il ne me donne pas envie.
    Il peut faire la quete pour sauver l’art francais s’il veut nous ne negligerons pas cette contribution.
    Merci. Cdt.

  • noé

    Ce dossier n° 8 a été acheté en maison de la presse et c’est au meme endroit pour acheter des livres car des 3 libraires il y a 30 ans il n en reste aucun
    Pour acheter de la musique par internet essayez si vous n’avez pas de CB ! c’est délirant
    Pour l’art musical nous ne sommes pas déclinant évidemment quand on constate le sponsoring sur leur site web on peut dire qu ils sont 3/4 fonctionnaires ça ne me dérange pas quand ce sont de bons pros mieux vaut ça que rien.

  • BOULAGNON

    Le bénévolat et le mécénat ont été pendant longtemps les mamelles de la Culture en général. Organiste depuis 50 années, bénévole sans être passé par les Conservatoires ou Ecole de Musique en raison de la modestie de ma famille et de l’époque, j’accompagne la liturgie, donne des concerts et fais de la formation. Les contrats d’organiste deviennent la règle, ainsi que des certificats d’organiste délivrés sur examen par certains diocèses. Les municipalités font de certains organistes des fonctionnaires municipaux et les responsables de diocèses ou paroisses ne le sont plus et laissent parfois entrer la destruction lente et sûre d’instruments sous prétexte d’enseignement musical tarifé (Conservatoire et Ecoles de Musique. Des organistes, dits professionnels s’adjugent parfois plusieurs titularisations d’orgues au mépris d’organistes bénévoles parfois plus compétents quant à l’animation qu’à la conservation d’un patrimoine.